30.09.2009

SUICIDES A FRANCE TELECOM

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« Pour réussir la mutation de l'entreprise publique vers la multinationale actuelle, il fallait organiser méthodiquement la casse d'une culture du service public, pour construire une nouvelle culture passer du technique au commercial et avec un management compatible avec la recherche de la rentabilité maximale. Dans cette véritable guerre idéologique, les victimes se compteront par milliers. »

Par l'Observatoire du Stress à France Télécom

Au début des années quatre-vingt dix

Pour beaucoup d'observateurs extérieurs, au début des années quatre-vingt dix, France Télécom était sans doute le symbole d'une entreprise où il faisait bon vivre : garantie de l'emploi, métiers techniques qualifiés, salaires plutôt supérieurs au reste de la fonction publique.

Les anciens parleront sans doute le mieux de cette culture spécifique aux entreprises publiques françaises. France Télécom était une organisée dans une pure logique technicienne pétrie de l'idéologie du service public, du haut en bas de la hiérarchie, bien éloignée de la routine des caricatures de fonctionnaires traditionnels. C'est en tout cas le "mythe" fondateur qui réunissait les syndicats, l'encadrement et le personnel.

A partir de 1996

En 1995, le service public des télécommunications était plébiscité par 95% des usagers et le réseau français était devenu un des plus modernes au monde. C'était une grande fierté partagée par tous.

L'ouverture du capital en 1996, puis l'ouverture à la concurrence en 1998, vont constituer une fracture dans l'histoire des télécommunicants.

En effet, pour réussir la mutation de l'entreprise publique vers la multinationale actuelle, il fallait organiser méthodiquement la casse d'une culture du service public, pour construire une nouvelle culture compatible avec la recherche de la rentabilité maximale. Dans cette véritable guerre idéologique, les victimes se compteront par milliers.

Ainsi, la Machine à broyer fonctionne avec quatre ressorts principaux : un des ressorts du stress à France Télécom est à coup sûr la différence croissante entre les valeurs portées par les agents et celles portées par la direction ; un autre ressort est la mise en place de nouvelles règles de gestion du personnel, avec au cœur du dispositif les entretiens d'évaluation annuels où se "contractualiseraient" les objectifs individuels ; ensuite, les restructurations permanentes des services ont profondément déstabilisé le personnel ; enfin, et c'est la douloureuse ironie de la situation, le statut même du personnel, qui l'empêche d'être victime d'un licenciement collectif, a entraîné la direction dans une véritable politique de harcèlement pour pousser, coûte que coûte, les salariés vers la sortie...

On touche là l'essentiel du mécanisme, analysé en termes généraux, sans aucun doute partagés par l'ensemble du mouvement syndical de l'entreprise. C'est le constat que l'on peut faire d'ailleurs aujourd'hui. Mais en 2003, peu de personnes pouvaient apprécier en terme individuel la souffrance vécue par tel ou tel salarié. La dynamique de débats enclenchée par le travail réalisé autour du livre La Machine à broyer, a fortement contribué à nous poser les questions en terme effroyablement concret : nous côtoyons tous les jours dans les services des victimes qui souffrent, souvent en silence, et qui peuvent disparaître à l'occasion d'une restructuration, d'une dépression qui devient une longue maladie... Sans parler des suicides de salariés, heureusement exceptionnels, mais qui sont souvent la conséquence d'une lente dégradation de l'environnement du travail.



 

Commentaires

L'intégration passe de plus en plus par le travail, qui participe à l'élaboration de l'identité de chacun. Le problème est que le travail intègre souvent mal ou trop, et risque parfois de broyer l'individu. Le travail peut ainsi avoir des conséquences dramatiques sur la santé d'un salarié, et se traduire par des problèmes cardiovasculaires ou un burn-out (syndrome d'épuisement professionnel), qui est un facteur prédictif du suicide. Ou encore une dépression: deux personnes sur trois qui passent à l'acte sont dans cette situation. La sous-activité ou le déclassement professionnel peuvent également être générateurs d'une réelle souffrance.
Trois grandes causes favorisent la montée de ces signes pathogènes. La dictature du cash-flow, qui fait de l'individu une source de profit à lui seul. L'exigence du client roi, ensuite. La numérisation, toujours plus forte, de la société, enfin, qui permet quasiment de suivre les performances d'un individu au jour le jour et de le solliciter à tout moment, ce qui dissout les plages de repos et de reconstitution.
De plus, on ne se donne pas assez les moyens d'accompagner la mobilité professionnelle, tant sur le plan géographique que fonctionnel. B

Ecrit par : Jean Claude Delgenes | 03.10.2009

L'entreprise était verrouillée dans un système de management par la terreur. Didier Lombard était indifférent aux questions de management. Il a confié les clés de la maison à une cohorte de dirigeants qui se sont découvert capitalistes. Dans une entreprise où les fonctionnaires se considéraient comme l'élite, on a dit du jour au lendemain, c'est fini. Les cadres ont été pris en otages. Des milliers d'emplois ont disparu sans accord, sans plan de sauvegarde de l'emploi. On a contraint les gens à démissionner.
Il faut que l'entreprise sorte de son ambigüité. Et puis il ne faut pas occulter que beaucoup y ont laissé des plumes et perdu beaucoup d'argent. Avec une action à 180 euros, ils se croyaient milliardaires. Avec un cours à 18 euros aujourd'hui, la situation n'est plus la même.

Ecrit par : Pierre Morvile | 03.10.2009

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