08.05.2009
Places à prendre : désinvolture et magouille
Source : le blog de Jean-Michel Aphatie le 7 mai 2009,
Salades niçoises, suite: Gaston Franco ou la parabole de la parole tenue
Je suis heureux de pouvoir écrire ici que finalement, après que chacun ait craint le pire, Gaston Franco, 65 ans aux prunes, sera bien, le 7 juin au soir, député européen pour le compte de l'UMP. Sans doute Gaston Franco se fout-il de l'Europe comme de sa première chemise, mais ce n'est pas problème. Où plus exactement, aucun parti politique en France ne sélectionne ses futurs députés européens en fonction de leur intérêt pour l'Europe, non. Esprits supérieurs que nous sommes, il nous faut d'autres motivations, nettement plus élevées. Je vous ai narré, ici, hier, l'histoire de Gaston Franco, et je vais la reprendre aujourd'hui car elle est belle l'histoire. Allez, hop, zou, on y va, et pour le même prix, revoilou la photo de Gaston
Donc, Gaston Franco était l'heureux maire de Saint-Martin-Vésubie dans les Alpes-Maritimes, ainsi que le conseiller général du canton correspondant. Comme Christian Estrosi, maire UMP de Nice et député UMP de Nice aussi, avait besoin du siège de conseiller général pour un copain, Gaston Franco a accepté de démissionner à l'hiver 2008. Hauteur d'âme, élévation d'esprit, sens du sacrifice, un homme bien, Gaston Franco. En contrepartie, parce qu'on veut bien être gentil mais pas couillon à l'UMP des Alpes-Maritimes, il a été promis à Gaston Franco deux choses. D'abord, une place au cabinet du maire de Nice. Pour y faire quoi? Je n'en sais rien, sans doute quelque chose car mon petit doigt me dit que les compétences de Gaston Franco sont grandes. Ensuite, deuxio, chose promise, chose due, une deuxième place sur la liste UMP du grand Sud-Est pour les élections européennes du 7 juin 2009. Une deuxième place parce que la deuxième place sur une liste UMP, vous y mettez qui vous voulez, un porte-manteau ou un pot de fleur, zou, élu, c'est mathématique, c'est comme ça. Deuxième, t'es député. Donc, « on » a promis à Gaston Franco que sa démission du Conseil général des Alpes-Maritimes serait remboursé par un siège de député au Parlement européen. Franchement, connaissez-vous quelqu'un ou quelqu'une qui aurait refusé d'échanger son baril de lessive ordinaire contre deux barils d'Omo avec, dedans, un cadeau Bonux, des billets d'avion gratoche pour aller tantôt à Bruxelles, tantôt à Strasbourg, des indemnités de déplacement, un bon salaire, des assistants et même pas l'obligation de travailler? Donc, Gaston Franco a accepté. Tope là camarade, marché conclu, tu seras député européen mon fils.
Ce pacte passé à l'hiver dernier a failli périr avec le printemps. Une rumeur moche a indiqué que le président de la République avait haussé un sourcil en voyant le nom de Gaston Franco en deuxième position de la liste du grand Sud-Est que l'UMP entend soumettre aux électeurs. L'argument présidentiel était le suivant: comment faire des voix avec ces inconnus? L'idée a donc germé de virer Gaston Franco, adieu Bruxelles et ses moules-frites, et d'y mettre à la place Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l'Education. La tentation a rodé un moment, les choses ont bien failli se faire, le pauvre Gaston Franco a dû trembler durant quelques jours dans son bureau de la mairie de Saint-Martin-Vésubie (tu ne connais pas la mairie de Saint-Martin-Vésubie? La voici...)
Et puis finalement, parce que parfois les histoires finissent bien, Luc Ferry s'est retiré du jeu. Lui avait envie d'être député européen, mais il n'avait pas envie d'être parachuté dans le Sud-Est. Du coup, voie libre pour Gaston Franco, soulagement pour les amis de Gaston Franco, bonheur pour l'Europe car que voilà un futur député assidu et motivé, et surtout, surtout, triomphe de la morale dans ce monde de brute, enfin, chose promise, chose tenue, on ne plaisante pas avec la morale à l'UMP des Alpes-Maritimes, monsieur. Et ça, c'est bien.
A noter, toujours dans le Figaro, cette réaction de Jean-Claude Gaudin,
« sans lequel », assure Le Figaro, rien ne se décide dans la région. Deux points, ouvrez les guillemets « Ferry, ici, on ne le connaît pas, donc, on n'en veut pas. Mais s'il faut le prendre, on le prendra! »
Quel courage! Quelle volonté! Quelle détermination! Mon avis, nous manquons d'hommes de cette trempe en France. Trois Gaudin dans le pays, on est sauvé. La dette, le chômage, tout le toutim, tout réglé. Je vous la repasse, pour le plaisir: « Ferry, ici, on ne le connaît pas, donc, on n'en veut pas. Mais s'il faut le prendre, on le prendra! » Du Pagnol! Que dis-je? Du Shakespeare, vous savez, celui du Roi Lion, qui rugit tellement fort que tout le monde a peur dans la savanne. Allez, une troisième fois: « Ferry, ici, on ne le connaît pas, donc, on n'en veut pas. Mais s'il faut le prendre, on le prendra! »
Parfois, la politique, c'est beau.
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