22.04.2009

Lutte contre l’insécurité ou fonds de commerce politique ?

police.jpgMalgré les  23 textes de lois ou de décrets, La sécurité est en échec, Le problème, c'est qu'il ne suffit pas de pondre une nouvelle loi à chaque fait divers spectaculaire. Il faut aussi se donner les moyens de l'appliquer et d'appliquer celles qui existent déjà. Et ça, c'est - souvent - une autre histoire.

Les Français ont, paraît-il, la mémoire courte. Mais au point d'être amnésiques en tombant régulièrement dans le même piège tendu par la communication politique ? Par exemple, le thème de l'insécurité. Il réapparaît en force avant chaque consultation électorale avec un véritable « pic » pendant les présidentielles de 2002 et de 2007. Qu'aujourd'hui l'« insécurité » soit remise sur le tapis juste avant les élections européennes n'est certainement pas une coïncidence...
Pour faire peur ? Pas forcément, plutôt pour occuper ce terrain si sensible et perpétuellement à exorciser en annonçant des mesures musclées, faute de véritables résultats. Car c'est un fait : les violences de toute nature ne diminuent pas, bien au contraire.
Parce que la France n'aurait pas l'arsenal judiciaire adapté ? Notre code pénal est plutôt bien fourni, donc inutile de le rallonger avec de nouveaux décrets, plus une loi pour juguler le phénomène des bandes. Ces mesures font peut-être vibrer la fibre sécuritaire. Mais elles masquent le vrai problème, celui des moyens.
Lutter contre la délinquance est un combat à tous les niveaux, qui concerne aussi bien la police que la justice et l'administration pénitentiaire. Les fonctionnaires de l'Intérieur ont beau travailler, leurs efforts s'épuisent lorsqu'en aval le système ne suit pas. C'est-à-dire quand la justice patine et quand la prison est incapable de remplir son rôle, rôle qui doit aussi mener à une vraie réinsertion des détenus. Parce que dans ces domaines, la France est en haillons, un pays sous-développé à l'échelle de l'Europe et même du tiers monde !
Un rapport publié l'automne dernier et comparant les budgets de la justice (dans leur ensemble) de 43 pays du Conseil de l'Europe donne des hallucinations. La France judiciaire et pénitentiaire occupe le 20e rang sur 43 et même le 35e - derrière l'Arménie, la Moldavie et la Roumanie - si on rapporte ce budget annuel au PIB par habitant... Et dire que la France se flatte d'être la cinquième puissance économique du monde !
Inutile d'évoquer les prisons surpeuplées et insalubres. Or ce surpeuplement ne se traduit pas seulement par un matelas de plus jeté dans une cellule qui enferme déjà trois ou quatre détenus alors qu'elle était prévue pour deux. Il signifie aussi moins de travail à l'atelier, moins de parloirs, moins de soins et moins d'écoute de la part de surveillants débordés. Avec pour résultat la récidive assurée.
Voter des lois ou signer des décrets n'est rien. Prendre le problème de l'insécurité à bras le corps, à partir de ses causes jusqu'aux conséquences en passant par son traitement carcéral suivi de réinsertion, est d'une toute autre nature. Qui s'y attaquera ? Il est vrai que présenté sous cette forme, le sujet n'est guère payant, électoralement parlant...

Par Jean-Claude Kiefer Source » DNA »




 

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